Greenwich Village : la bohème à New York

Si vous êtes fan de la série "Friends", vous connaissez peut-être Greenwich Village sans le savoir. Bien que la série ait-été tournée en Californie dans des studios hollywoodiens, l'action est censée se passer à New York, et l'appartement de Chandler, Joey, Rachel et Monica est officiellement situé en plein Greenwich Village, à l'angle des rues Grove St et Bedford St (la façade qu'on apperçoit furtivement dans les scènes de transition de la série fait l'objet d'un véritable culte pour les fans qui ne manquent pas de venir la photographier). Le titre initial de la série était d'ailleurs "Il était une fois dans le West Village" avant de devenir "Friends".

Pourquoi situer la série dans Greenwich Village ? Parce que, dans l'imaginaire des américains, et particulièrement les new-yorkais, c'est le quartier de la "bohème" par excellence. Pour un américain, la "bohème" est un terme qui décrit la vie dissolue des artistes maudits, les longues soirées dans les bars qui durent jusqu'à l'aube, l'absence de contraintes et une totale liberté sexuelle. La référence européenne est très forte, notamment parisienne, et Greenwich Village est souvent comparé au Montmartre des années 20 et Montparnasse des années 30.

Greenwich Village est un quartier aux limites floues et controversées (le fait que votre appartement appartient ou non à Greenwich Village change beaucoup son prix de vente ou de location…), qu'on peut tout de même situer à l'ouest de Broadway, entre les 14eme rue et W Hudson Street. A l'est de Broadway, ce n'est résolument pas Greenwich Village, mais les limites nord et sud sont discutées.

A l'origine, vers 1650, Greenwich Village était un hameau indépendant, situé au nord de New York, et alors nommé Sapokanikan par les amérindiens (champ de tabac, littéralement). Rapidement le secteur est devenu une champ de culture de tabac entouré de patures pour le bétail. Le lieu fut d'abord baptisé Noortwyck par les premiers colons flamands, puis Groenwijck, qui signifie "Zone verte". Lorsque les anglais ont pris le contrôle de la région, le nom a été anglicisé en Greenwich, par proximité sonore et en référence au quartier bien connu de Londres (là où passe le fameux méridien de Greenwich). Le hameau est devenu village en 1712 avec l'établissement d'un premier conseil municipal.

En 1822, une épidémie de fièvre jaune s'est emparé de New York, ce qui encouragea beaucoup de new-yorkais à venir se réfugier à Greenwich Village, où l'air était réputé plus sain. Petit à petit des maisons se sont édifiées, et le village est devenu un secteur résidentiel qui a fini par être rejoint et emglobé dans New York au cours du XIXeme siècle. Même si maintenant Greenwich Village est officiellement assimilé à un quartier de New York, son caractère particulier en fait un monde un peu à part.

A coté de Greenwich Village se trouvait une fosse commune où étaient enterrés les pauvres (comme Union Square, plus à l'Est). Ce lieu deviendra Washington Square (facilement reconnaissable par son arc de triomphe), qui longtemps sera considéré comme indépendant de Greenwich Village, mais qu'on associe maintenant au "Village".

L'originalité de Greenwich Village tient à l'ancienneté des bâtiments qui lui confèrent une allure de quartier historique de New York. La plus vieille maison qu'on peut y voir est située au 77 de Bedford Street : la maison Isaacs-Hendricks. Celle-ci a été construite en 1799, et plusieurs fois remaniée et agrandie depuis. La plupart des maisons anciennes du quartier datent du milieu du XIXeme siècle.

Autre originalité qui fait le caractère particulier du quartier : il a échappé en grande partie à la restructuration urbaine du Commisioner's Plan qui imposait le quadrillage des rues et avenues de New York. La structure un peu anarchique des rues qui préexistait à Greenwich Village a été conservée en grande partie. De ce fait, le quartier a des allures de quartier européen.

Dès le début du XXème siècle, Greenwich Village devient un repère d'artistes. Gertrude Vanderbilt Whitney, une riche héritière mécène, ouvre dans le Village en 1914 un salon artistique qui deviendra une des toutes premières galerie d'art de New York (cette galerie va évoluer au cours du temps pour devenir le Whitney Museum qui sera déménagé quelques années plus tard à proximité du Metropolitan Museum of Art, près de Central Park Est). De nombreux jeunes artistes modernes s'installent dans le Village.

Greenwich Village, qu'on surnomme souvent "the Village", ou "West Village" (en opposition au East Village situé de l'autre coté de Broadway), sera vite devenu le lieu de résidence des artistes en vogue, surtout à partir des années 30, jusque dans les années 50-60, âge d'or du Village. On y rencontrera Marcel Duchamp, William Faulkner, Eugene O'Neil, Isadora Duncan, Truman Capote, Jack Kerouac, William S. Bourroughs, John Lennon, Bob Dylan, John Baez, Simon & Garfunkel, Jimmy Hendricks, Nina Simone…

Les peintres, très présents dans les années 30, du temps de l'expressionisme abstrait, ont progressivement quitté le quartier pour se déplacer vers Soho, Chelsea, et maintenant des secteurs plus éloignés de Manhattan comme Brooklyn. Depuis, Greenwich Village est un peu considéré comme la "cour de récréation des artistes et amateurs d'art".

C'est là que, dès les années 40, les artistes à la mode qui ont un atelier ailleurs dans Manhattan viennent le soir pour se restaurer, rencontrer des amis et des mécènes, écouter de la musique, faire la fête et s'enivrer jusqu'à l'aube.

De fait, le Village est devenu dès lors le secteur des restaurants à l'européenne (avec terrasse), des théâtres avant-gardistes, des club de jazz, mais aussi des sex-shop et des "épiceries" où on vend tout ce qu'li faut pour fumer des herbes qui font rire.

Autour de 1968, en pleine période de constestation contre la guerre du Vietnam, Greenwich Village est le point de rassemblement pour la Côte Est des Etats-Unis de la "Beat Generation". La Beat Generation (= "la génération perdue") est un terme que l'on doit à Jack Kerouac, cité par John Clellon Holmesdans un article culte publié dans le New York Times en 1952 : This is the Beat generation.

Il devient le terme décrivant la jeune génération des années 60, qui ne se reconnait plus dans les valeurs de l'Amérique de l'après guerre et qui réclame plus de liberté et d'indépendance.

C'est au Village que se déroulent les meetings de contestation anti-militaristes et anti-capitalistes, et les bars deviennent des tribunes improvisées pour d'interminables débats. Greenwich Village est à cette époque une sorte de zone franche où beaucoup de chose se déroulent qui n'auraient pas été tolérées ailleurs dans la ville. Mais c'était aussi le lieu privilégié de l'expression d'un esprit de créativité qui a encore aujourd'hui une influence importante sur la société américaine contemporaine.

Beaucoup de musiciens, aujourd'hui de renommée internationale, ont commencé leur carrière dans des bars du Village. C'est le cas de Barbra Streisand, Jackson Browne, The Velvet Underground, Joni Mitchell, Bob Dylan et bien d'autres…

Le village est aussi un endroit où a pu se développer, grâce à l'esprit de tolérance qui caractérise le quartier, la culture gay – lesbienne, et ce depuis les années 60. Le centre de la contestation gay-lesbienne est représenté par la rue Christopher, et, au numéro 53, le Stonewall Inn, un des seuls bars où les gays pouvaient se retrouver, malgré les fréquentes descentes de police.

C'est à partir d'une rixe qui se déclenche dans le bar entre police et clients du bar le 28 juin 1969, que commencera l'émeute du même nom  (Stonewall Riots ou Stonewall Rebellion) et qui durera 5 jours, date historique à partir de laquelle le mouvement pour les droits civiques pour les homosexuels se développera aux USA, puis dans le reste du monde (c'est aussi là que sera organisée la première Gay Pride).

Dans la rue Christopher, on trouve aussi la première librairie excusivement gay-lesbienne créée en 1967 par Craig Rodwell, la Oscar Wild Memorial Bookshop. Egalement à voir, les sculptures en plâtre blanc de George Segal installées  dans le Christopher Park et représentant deux couples gays. Anecdotiquement, le groupe de disco des années 70-80 Village People, s'est formé… dans le Village, d'où leur nom !

Après avoir été un lieu de contestation pendant des décennies,  aujourd'hui, Greenwich Village est devenu un quartier bien plus sage. C'est un secteur où les prix de l'immobilier sont devenus très élevés, et de ce fait, il ne reste que bien peu "d'artistes pauvres" dans le quartier. Les secteurs résidentiels du coeur du Village sont peuplés de belles maisons de style XIXeme renovées, alignées dans des rues calmes et propres. Beaucoup de stars de la TV ou du cinéma résident dans le quartier.

Mais l'esprit "culturel" subsiste toujours, et c'est encore un haut lieu pour venir écouter en tout décontraction du jazz, manger dans des restaurants sympathiques, faire du shoppping alternatif, voir une pièce de théâtre avant-gardiste,  regarder un film étranger sous-titré, ou tout simplement se promener dans les rues ombragées du Village.

 

 

 

 

 

 

Si vous aimez le jazz, on ne saurait trop vous recommander de faire un détour dans les clubs mythiques du village : The Village Gate, the Village Vanguard et le Blue Note. En général, il assez facile d'assister à une session simplement en passant quelques heures plus tôt pour réserver. Noter que le Blue Note propose tous les dimanches matin un forfait "brunch", incluant repas et spectacle.

   

 

 

 

 

 

Pour le théâtre, rendez-vous à l'Astor Place ou Cherry Lane Playhouse. Le théâtre à Greenwich Village se définit comme aux antipodes de Broadway et de ses comédies musicales ou pièces à gros budget. Il coutume de dire que c'est le "Off-Off Broadway", défini comme le "rejet total du théâtre commercial". Beaucoup de clubs proposent aussi des "stand-up comedy", spectacles d'humoristes seuls en scène.

Pour le cinéma d'art et essai, prenez votre billet à l'IFC (http://www.ifccenter.com/), une cinémathèque plutôt qu'un simple cinéma. La salle et la façade du bâtiment rappellent les cinémas des années 50-60.

Pour tous les horaires et programmes, consulter "Time Out New York" un journal du type "Pariscope" ou "Officiel" (voir aussi le site : http://newyork.timeout.com/), ou bien le site NYCGV (http://www.nycgv.com/).

Greenwich village est aussi le paradis des joueurs d'échec (la légende veut que ce soit à cause de Marcel Duchamp qui aurait introduit cette habitude dans le Village dans les années 30-40, mais ce n'est qu'une légende…). Les joueurs se retrouvent autour de Washington Square (il y a des tables-échiquiers dans le parc) ou dans des cafés-boutiques dans les rues autour de la place. On peut défier un bon joueur classé pour quelques dollars ou en offrant les boissons.

Autre curiosité de Greenwich Village : the Cage (West 4th Street Courts). Il s'agit d'un terrain de basketball entouré de grillage, situé en pleine ville, créé par un conducteur de limousine, Kenny Graham, et devenu un des lieux les plus importants du Championnat national de Streetball (une variante du basketball). Il y a des matches pratiquement chaque jour en fin d'après-midi.

Greenwich Village possède son journal : the Village Voice, diffusé dans tout le pays. Le 31 octobre, défile une grande parade de Halloween dans les rues du Village, la plus grande des USA, qui attire plus d'un million de spectateurs tous les ans et qui est retransmise sur les TV locale et des USA.

 


         

Commentaires ( 5 )

j’adore ce site . plein d’infos et des choses qu’on ne lit pas ailleurs
je suis fan

ElCad a ajouté ce commentaire le 06 08 2010 à 8 h 36 min

Bonsoir,

J’adore se blog sur N’Y .

kazded94 a ajouté ce commentaire le 03 09 2010 à 23 h 16 min

Merci !
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Pierre Movila a ajouté ce commentaire le 04 09 2010 à 9 h 02 min

L’arche que l’on voit également dans Gossip Girl.
Un des plus beaux quartiers, en effet.

Juicy a ajouté ce commentaire le 13 09 2010 à 7 h 28 min

Je suis allé l’année dernière à la gay pride de Greenwich village. c’était top 🙂

lovinlille a ajouté ce commentaire le 21 11 2014 à 14 h 58 min


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