Le Musée Guggenheim, une utopie devenue réalité

En juin 1943, Frank Llyod Wright, le célèbre architecte américain, reçoit une lettre signée de Hilla Rebay, la conseillère artistique de M. Solomon R. Guggenheim.

Hilla Rebay était une artiste peintre allemande qui, après avoir vécu à Paris et en Italie, avait émigré aux Etats-Unis en 1927 et s’installa à New York. Elle y rencontra Solomon R. Guggenheim un riche industriel d’origine suisse allemande qui avait fait fortune dans l’industrie minière en Alaska.

Guggenheim s’était retiré des affaires en 1919, et se consacra à sa passion pour l’art. Il collectionnait avidement toutes les oeuvres contemporaines, notamment abstraites. En 1937, il créa la Fondation qui porte son nom et lui lègue toute sa collection de peintures.

De la rencontre entre Rebay et Guggenheim était né un projet de musée consacré à la peinture non-figurative. Celui-ci fut créé en 1939, et installé dans un ancien espace de vente d’automobiles situé au 24 de la 54ème rue Est à Manhattan.

L’endroit s’avéra vite inadapté. La collection de Guggenheim devenant de plus en plus importante, il fut décidé de construire un nouveau musée.

C’est alors que Hilla Rebay écrit à Franck Llyod Wright pour lui demander s’il accepte de créer le futur Musée Guggenheim. Wright est alors agé de plus de 70 ans. Son heure de gloire est passée depuis la fin des années 20, même s’il est encore beaucoup sollicité pour des projets un peu partout dans le pays.

Il est séduit par l’idée, n’ayant jamais construit dans New York, mais il trouve aussi que la ville est surchargée de bâtiments serrés sur de petites parcelles. Il accepte la proposition, à condition de disposer d’un terrain assez spacieux pour préserver la perspective du musée.

Un terrain dans le Bronx avec une vue sur l’Hudson est d’abord envisagé, puis un autre terrain proche de l’actuel MOMA, mais c’est finalement sur un terrain relativement petit situé sur la cinquième avenue, face à Central Park, que le musée sera construit.

Wright imagine plusieurs plans, un bâtiment plat de forme hexagonale d’abord, mais Rebay estime que cette première conception ne permettra pas de disposer de suffisamment d’espace pour abriter toute la Collection Gugghemheim. Il faut créer un bâtiment en hauteur.

Wright  reprend d’abord un projet ancien qu’il avait dessiné dans les années 20, inspiré de l’architecture babylonienne, la ziggurat, avec une rampe en spirale, une base large qui s’affine en hauteur. Il inverse le tout : le dessin montre une forme qui s’évase vers le haut, en « pile d’assiettes ».

Guggenheim est séduit, mais Rebay émets des doutes sur la fonctionnalité du bâtiment. Wright, lui, est persuadé d’avoir trouvé la bonne forme, mais explore différentes versions en couleurs pour les murs extérieurs, persuadé que le musée devrait être coloré pour se détacher des autres bâtiments du voisinage. Il propose un plan faisant figurer le bâtiment couvert d’un marbre rouge. Rebay n’aime pas cette couleur, elle le lui dit et demande d’autres plans.

Finalement, en septembre 1945, le plan final est présenté à la presse et des terrains complémentaires du lot initial sont achetés par Guggenheim. Wright est impatient de démarrer la construction, mais Guggenheim juge que la situation d’après guerre n’est pas favorable pour s’engager dans un projet de cette envergure.

La presse se moque du design proposé par Wright. Le bâtiment est surnommé ironiquement « le ressort ». Wright répond aux critiques en indiquant qu’en cas d’attaque nucléaire lancée sur New York (nous sommes en pleine Guerre Froide), son musée survivrait puisqu’il serait propulsé dans les airs et rebondirait sans dommage à l’atterrissage. Initialement le projet comprenait deux rotondes et des appartements pour artistes en résidence et pour Guggenheim et Rebay. Ces extensions ne furent pas réalisées par manque de moyens.

Par ailleurs, Hilla Rebay continue à adreser à Wright des requettes de modifications du plan : elle n’aime pas l’aspect spiralé de l’édifice, d’autant que les murs ne sont pas totalement verticaux : comment accrocher une exposition de peinture dans ces conditions ? Elle reproche à Wright de ne pas aimer la peinture et de ne se consacrer qu’à son oeuvre architecturale sans tenir compte des besoins de la Fondation.

Wright est découragé, et le fait savoir à Guggenheim qui ne se décide toujours pas à lancer les travaux. Par contre, un terrain adjacent à ceux déjà acquis sur lequel se trouve une école pour jeunes filles est à vendre. Guggenheim achète l’ensemble et fait rénover l’école pour la transformer en musée provisoire. Les collections y  sont transférées et ce musée temporaire ouvre en 1948.

En 1949, Solomon R. Guggenheim décède à l’âge de 88 ans. Le projet de musée semble perdu, mais dans son testament, Guggenheim lègue 8 millions de dollars à la fondation et 2 millions pour la construction du musée. Harry Guggenheim, l’héritier, reprend le projet. Il achète le dernier terrain disponible du secteur : la Fondation possède maintenant tout le bloc autour de la 88ème rue.

Wright revoit ses plans à nouveau et dessine les annexes du musée. Hilla Rebay quitte la présidence de la Fondation en 1952, officiellement pour des raisons de santé, plus probablement sur la demande du conseil de la Fondation qui ne supporte plus son intransigeance. Les permis de construire sont demandés, et la construction semble pouvoir commencer.

De nombreuses modifications du plan de Wright sont exigées par les services d’urbanisme de la ville, et Wright doit remanier à nouveau ses plans. Il doit également subir les attaques incessantes de la presse qui compare l’édifice à un « hamburger hollywoodien » qui risque de défigurer le style néoclassique de la cinquième avenue.

Harry Guggenheim décide de monter une exposition rétrospective des oeuvres de Wright sur le site même du futur musée afin de couper court à la vindicte générale. L’exposition, qui tourne déjà depuis quelques temps dans d’autres villes et à l’étranger, ouvre à New York fin 1953, et c’est un grand succès populaire, ce qui calme les ardeurs des opposants au projet.

Afin de satisfaire les services d’architecture de la ville, Wright doit encore renoncer à son projet de toit en verre de la rotonde pour des raisons de sécurité. On lui reproche aussi le manque de lumière, le bâtiment principal étant, dans le projet initial, uniquement éclairé par la lumière naturelle tombant de nombreuses ouvertures vers le ciel. Pour compllquer encore les choses, Wright ne s’entend pas du tout avec le nouveau directeur du musée Jim Sweeney.

Enfin, le 4 mai 1956, le permis de construire est accordé et les travaux peuvent commencer. La collection Guggenheim est déplacée dans un local de la 72ème rue Est, le temps des travaux. Les détracteurs du projet essayent à nouveau d’empêcher l’érection de la rotonde, mais Wright bénéficie d’un soutien inconditionnel de Harry Guggenheim et les travaux sont poursuivis.

Les controverses affluent pourtant, quelquefois signées de la main d’artistes comme Willem de Kooning. On reproche au bâtiment sa forme organique qui ne s’intègre pas bien à l’architecture avoisinante, le fait que les murs extérieurs sont en béton brut sans placage noble en marbre, et que l’intérieur est inadapté pour un musée et mal éclairé. Wright préconise de choisir une peinture intérieure de couleur ivoire : le conseil de la Fondation se raidit et refuse toute nouvelle proposition de sa part.

En janvier 1959, Frank Llyod Wright visite pour la dernière fois le chantier. Il décède brutalement en avril de la même année, en Arizona où il réside depuis longtemps. Il a 91 ans, et ne verra donc pas le musée terminé.

Le 21 octobre 1959, le musée ouvre enfin ses portes au public. L’exposition initiale présente des oeuvres de Chagall, Arp, Ernst, Klee, Brancusi, Kandinsky (ironiquement, certains de ces artistes étaient pétitionnaires contre la construction du musée). L’inauguration est annoncée  en grande pompe dans la presse et trouve des échos dans tout le pays et même à l’étranger.

La public adopte immédiatement le musée, les critiques s’estompent avec le temps. Depuis, le Musée occupe une place privilégiée au panthéon des oeuvres architecturales mondiales.

Le musée Solomon R Guggenheim mérite le détour lors de tout voyage à New York. Situé à quelques blocs au nord du Metropolitan Museum of Arts, en bordure Est de Central Park, c’est une des pièces maitresse du « Museum Mile ».

L’accès libre au rez de chaussée du bâtiment permet de voir la rotonde de l’intérieur sans pour autant visiter les collections. Mais il ne faut pas se contenter de cela, car le musée recèle bien des surprises. Et rien ne vaut l’expérience de descendre la rampe de la rotonde : vertigineux et tellement agréable ! Il s’agit vraiment d’un musée hors normes, et l’intelligence de l’architecture, des proportions, des formes, de la gestion de la lumière confirment le génie de Wright.

La visite du musée commence par la montée en ascenseur jusqu’en haut. Comme a dit un critique d’art, c’est le seul musée où dès les premiers instants de la visite on commence à se diriger vers la sortie ! En effet, le parcours classique consiste à descendre doucement la rampe vers le rez de chaussée, en contemplant les oeuvres exposées dans des alcôves longeant le bord extérieur de la spirale, et en visitant à chaque niveau les grandes salles annexes qui y sont rattachées.

Le musée est consacré à l’art moderne et contemporain, voire d’avant garde. La programmation des expositions temporaires est inégale, toujours intéressante mais parfois un peu difficile pour un public profane. Mais ce serait oublier les collections permanentes qui présentent de très belles oeuvres impressionnistes, des toiles de Warhol, Rosenqvist, Chagall, des photographies…

A ne pas manquer : la petite bibliothèque (Aye Simon reading room), qui ressemble à une petit cabinet d’étude : charmant et tout petit !

  

Après de mois « d’emballage » par des échafaudages en 2007-2008, les extérieurs du musée sont enfin rénovés. L’édifice apparait maintenant éclatant dans la lumière du soleil, et se pare de couleurs rouges au coucher du soleil. Un conseil : prenez le temps de tourner autour du bâtiment, seule la contemplation de plusieurs angles de vues révèle entièrement l’harmonie étonnante de cette construction unique.

Le musée est ouvert tous les jours de 10h00 à 17h45, sauf le jeudi (attention!). Il est fermé à Thanksgiving (dernier jeudi du mois de novembre), la veille et le jour de Noël. Le samedi, le musée ferme à 19h45.

Attention, à partir de 17h00 on peut vous empêcher d’entrer s’il y a trop de visiteurs encore dans le musée.

Le musée Guggenheim est un des rares musées où les personnes en chaise roulante peuvent aller partout ou presque. Mais gare à la pente !

L’entrée du musée coute 18$. C’est un musée privé, pas de prix d’entrée à la carte comme au Metropolitan ! Il y a des tarifs réduits pour les séniors de plus de 65 ans. L’entrée est gratuite pour les enfants de moins de 12 ans. Si vous avez un City Pass ou un Explorer Pass (cartes de réduction), profitez-en, le musée fait partie des attractions majeures auxquelles ces cartes permettent d’accéder gratuitement.

Des audioguides sont proposés à l’entrée : sachez qu’ils sont gratuits si vous avez votre ticket pour visiter les collections.

A noter : au rez de chaussée se trouve une boutique qui vend des objets souvenir artistiques souvent assez originaux. Pas donné, mais pas ordinaire non plus.

Depuis cette année le musée abrite un restaurant, le Wright, dans le style des oeuvres de Frank Lllyod Wright. On y mange assez bien, c’est un peu cher, mais le lieu vaut le coup d’oeil !

La fondation Guggenheim est jalouse de son bâtiment : il est interdit de faire des photos au delà du rez de chaussée, l’édifice est sous copyright ! La Fondation est aussi une franchise, avec d’autres musées qui portent le nom prestigieux de Guggenheim : Venice (Los Angeles), Abou Dhabi, Berlin et surtout Bilbao (autre joyau d’architecture contemporaine signé Frank Ghery).


       

        

Commentaires ( 6 )

[…] mais aussi le célèbre bâtiment du Musée Guggenheim (voir aussi : notre article) conçu par Frank Lloyd Wright, le Rockfeller Center (voir aussi : notre […]

NYC en briques Lego ! « New York Mania ! a ajouté quelques mots le Nov 28 11 à 15 h 54 min

[…] Cette fois, nous décollons pour New York. J’ai trouvé aujourd’hui un article intéressant et bien fait, publié le 16 octobre 2010 sur le site New York Mania. Ce blog a été créé par un photographe français amoureux de la ville de New York, Pierre Movila. Il y a séjourné de nombreuses fois, et nous fait profiter de ses bons plans dans son blog. Le site est édité par l’Association Plus d’Art, Pierre Movila en est le propriétaire et l’auteur. Si vous voulez consulter l’article qu’il a écrit sur le Guggenheim new-yorkais, vous le trouverez en cliquant ici. […]

New York: historique de la création du musée, promenade architecturale – archimuseesguggenheim a ajouté quelques mots le Mar 29 16 à 21 h 43 min

[…] que votre voyage soit aussi instructif. Vous pouvez passer à Metropolitan Museum of Art, au Musée Solomon R. Guggenheim ou encore à New York Transit Museum. Choisissez le lieu à visiter selon vos […]

Mon premier voyage à New York | Explorer Le Monde a ajouté quelques mots le Juil 02 16 à 5 h 23 min

Je trouve se site très bien car il est complet grâce à de bonne explication.

De Combelle a ajouté ce commentaire le 08 11 2012 à 10 h 34 min


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