Rockefeller Center : arts déco sur la cinquième avenue

Imaginez que vous êtes milliardaire dans les années 20 à New York. Le quartier que vous habitez, au sud de Central Park n’est pas terrible, plutôt mal famé, et il n’y a que peu de commerces alentour, et aucune salle de spectacle pour vous divertir. Que faites-vous ?

Eh bien, vous pouvez faire comme John D. Rockefeller : vous rasez tout le bloc et vous faites construire pas moins de 14 grattes-ciel, vous inventez la première galerie commerciale souterraine, et vous prévoyez la construction d’un opéra et quelques salles de music-hall.

Les mauvais esprits feront remarquer que l’opéra n’a pas été construit, ce qui est vrai, mais il ne faut pas oublier que la crise de 29 était passé par là… Pour le reste tout y est : un quartier entier d’immeubles de bureaux et de commerces, des salles spectacles prestigieuses comme le Radio City Music Hall, des galeries de boutiques en sous-sol, et en prime un superbe style architectural, très homogène et assez épuré.

A l’origine, le secteur qui est maintenant occupé par le  Rockefeller Center était une simple zone de pâturages.

En 1801, le terrain fut acheté par le Dr David Hosack qui en fit un jardin public nommé Elgin Botanic Garden.

C’était à la fois un jardin d’agrément et  un centre de botanique dédié à l’étude des plantes médicinales. David Hosack légua à sa mort le jardin à l’état de New York qui le céda à l’université Columbia en 1811.

Au commencement de son projet, en 1928, Rockfeller loua le terrain avec un bail de 24 ans à l’Université de Columbia qui sera renouvellé plusieurs fois (ie terrain sera acheté définitivement seulement en 1985 pour la somme de 400 millions de dollars).

Tout le projet fut financé par Rockefeller seul, ce qui l’obligea tout de même à vendre quelques titres de compagnies pétrolières et de faire un emprunt à la Metropolitan Life Insurance Company.

Rockfeller avait imaginé le projet comme un investissement, pas comme une dépense. Son objectif était bel et bien de se constituer un patrimoine immobilier, pour mieux résister aux aléas de la bourse.

Initialement, le projet envisageait la construction de grattes-ciel organisés autour d’un ensemble de jardins, les différents bâtiments étant reliés par des passerelles d’altitude. Le concept s’inspirait vaguement des jardins suspendus de Babylone.

Le style symétrique et très homogène des batiments, était résolument moderne pour l’époque, et inspiré par le mouvement « City Beautiful » (un mouvement urbaniste qui prônait la beauté architecturale au service du progrès social par l’amélioration des conditions de vie citadine).

C’était aussi une sorte d’utopie, l’idée directrice étant de créer un quartier pouvant presque vivre en autarcie.

La crise de 1929, suivie de la seconde guerre mondiale, conduirent à réduire un peu les prétentions initiales, mais l’essentiel du projet a été réalisé.

La construction démarra le 17 mai 1930, et les 14 premiers batiments furent livrés le 1er novembre 1939.

L’ensemble a été complété par quatre grattes-ciel sur l’avenue des Amériques dans les années 60-70.

Le Rockfeller Center a hébergé dans ses immeubles durant la guerre les services de renseignement britanniques dédiés aux opérations coordonnées avec les américains, le fameux BSC (British Security Coordination). C’est dans ces locaux que figurait la fameuse Room 3603, centre opérationnel des renseignements alliés, et le bureau d’Allen Welsch Dulles, le futur patron de la CIA.

Le Rockfeller Center est aussi rapidement devenu le quartier général des chaines de radio et télévisions nationales qui y ont très tôt installé leurs studios, dont les célèbres studios NBC, et plus récemment Fox channel. Si vous êtes fan de TV, vous pouvez voir certains studios à travers les vitrines de plusieurs immeubles du quartier, notamment ceux des chaines locales de New York, comme NY1.

Pour voir les studios en action, faites votre visite plutôt en matinée, avant 10h00 : c’est le moment des émissions du matin qui mélangent actualités et séquences magazines avec les présentateurs vedettes de la chaine.

En direct, on peut voir les passants qui déambulent derrière les présentateurs, c’est pourquoi il y a souvent un attroupement aux endroits stratégiques pour être vu. Facile à repérer, les fans sont collés à leur téléphone portable pour appeler des proches afin qu’ils les regardent, et font de grands gestes ou présentent des pancartes avec des messages loufoques.

Le bâtiment central du complexe est la tour RCA, maintenant appelée tour GE (General Electric, prononcez « Dji-Hi »). La tour a pour adresse le numéro 30, Rockfeller Plaza, surnommé par les américains Thirty-Rock (cela doit vous rappeler quelque chose : c’est le nom de la série TV qui a pour thème l’univers d’une chaine de télévision, avec Alec Baldwin comme personnage principal – voir ici).

Les studios NBC, qui sont les producteurs de nombreuses séries TV à succès, ont installé une boutique et une sorte de parc d’attraction au rez de chaussée de la tour GE, consacrés aux personnages et stars des séries : un must pour les accros des séries télé.

A ne pas manquer non plus, une des plus belles vues sur New York, la seule qui offre un panorama complet sur l’Empire State Building : celui de l’observation deck de la tour GE, surnommé « Top of the Rock » (Rock = Rockfeller), situé au 70eme étage.

A l’angle de la 50ème rue et de l’avenue des Amériques (Avenue of the Americas – 6ème avenue), se situe le célèbre Radio City Music Hall, salle de spectacle mythique de 6000 places, inaugurée en 1932 (le nom de la salle vient de sa proximté avec la « ville de la radio », surnom donné aux bâtiments  voisins qui hébergeaient dans les années trentes de nombreuses stations de radio).

Pendant des années, le Radio city Music Hall s’enorgueillissait de son titre de plus grande salle couverte de spectacle du monde !

La salle se visite, elle est devenue monument classé en 1978. Le hall d’entrée, décoré dans le style Art Déco, a été totalement restauré en 1999 et mérite vraiment le coup d’oeil.

Autour de Noël, la façade du Radio City Music Hall est décorée et animée, souvent avec une brigade de soldats de bois colorés qui tirent au canon régulièrement.

Le Radio City Music Hall est célèbre aussi pour son spectacle traditionnel de Noël destiné aux enfants et retransmis tous les ans à la télévision nationale : le Radio City Chrismas Spectacular.

Dans l’espace laissé au centre de l’ensemble des immeubles se trouve la célèbre Plaza, entourée de drapeaux (qui changent régulièrement selon les évènements en cours dans la ville, comme lors de la réception d’un chef d’état), avec en son milieu la statue dorée représentant Prométhée offrant le feu à l’humanité, sculpture réalisée par Paul Manship.

En hiver la Plaza se transforme en patinoire. On peut louer une paire de patins sur place et faire quelques tours de piste : inoubliable !

A voir aussi en période de Noël, le fameux sapin décoré de Rockfeller Plaza : c’est un des plus hauts du pays et son illumination est déclenchée chaque année en grandes pompes, par une star du moment.

 

Dans le prolongement de la Plaza se trouve l’Esplanade, endroit très fréquenté, où on peut se reposer un moment sur des bancs pour admirer les compositions florales et les fontaines. Non loin de là se trouve la boutique du Metropolitan Museum of Arts, ainsi qu’une librairie française.

Il ne faut pas hésiter à se promener tout autour des différents bâtiments du Rockfeller Center. Peu de touristes s’écartent de la Plaza, et ne voient pas les nombreuses statues, bas reliefs, décorations de façades ou de halls qui sont somptueuses et souvent les oeuvres d’artistes renommés comme Isamu Nogushi, Margaret Bourke-White ou Leo Friedlander.

Une anecdote intéressante : le peintre mexicain Diego Rivera fut invité en 1932 à réaliser une fresque dans le hall d’entrée de la tour RCA. Il réalisa une oeuvre nommée « l’Homme à la Croisée des Chemins », figurant, notamment, un défilé du 1er Mai à Moscou et une réprésentation du visage de Lénine, ce qui ne fût pas tellement du goût de ses commanditaires.

Après bien des tergiversations, la fresque de Rivera fût finalement détruire et remplacée par un vaste ensemble de fresques, plus grand que le premier, réalisé par l’artiste catalan Josep Maria Sert, et représentant « le Progrès Alméricain ». On y retrouve les portraits de Abraham Lincoln, et du Mahatma Gandhi, entre autres. On peut facilement visiter le hall situé au numéro 30 de la Plaza. N’hésitez pas à entrer, peu de touristes le font, à tort.

Il ne faut pas oublier non plus de visiter les galeries commerçantes souterraines qui courent sous les batiments et la Plaza. On y trouve des boutiques de luxe, mais aussi des restaurants, des boutiques de souvenirs et même une poste !

En 1962 une plaque a été mise en place près de la Plaza, rappelant les idéaux auxquels Rockfeller croyait, tels qu’il les avait exprimés lui-même en 1941 :

« Je crois en la valeur suprême de l’individu et son droit à la vie, la liberté et la poursuite du bonheur. Je crois que chaque droit implique une responsabilité ; chaque occasion, une obligation ; toute possession, un devoir. Je crois que la loi a été faite pour l’homme et non l’homme pour la loi ;  que le gouvernement est le serviteur du peuple et non pas son maître. Je crois en la dignité du travail, que ce soit avec la tête ou la main, que le monde n’est pas fait pour plaire à l’homme, mais qu’il doit à tout homme la possibilité de gagner sa vie. Je crois que l’épargne est essentielle à la vie bien ordonnée et que l’économie est la condition première d’une structure financière saine, que ce soit au sein du gouvernement ou de ses affaires personnelles. Je crois que la vérité et la justice sont les éléments fondamentaux d’un ordre social durable. Je crois au caractère sacré d’une promesse, que la parole d’un homme vaut un contrat, que seule la personnalité – non la richesse, le pouvoir ou la position – est la valeur suprême. Je crois que servir utilement est le devoir collectif de l’humanité et que c’est seulement dans le feu purificateur du sacrifice que  se consomme l ‘écume de l’égoïsme et  que la grandeur de l’âme humaine est liberée. Je crois en un Dieu sage et tout-amour, quel que soit son nom, et que l’accomplissement de chacun, le plus grand bonheur, et la plus large utilité se trouvent à vivre en harmonie avec Sa volonté. Je crois que l’amour est la plus grande chose dans le monde ; que lui seul peut surmonter la haine, que le droit peut et va triompher. »


Commentaires ( 1 Commentaire )

[…] Dès sa sortie, la série Architecture a rencontré un vif succès, et pas seulement auprès des enfants. Le catalogue propose plusieurs modèles qui vont intéresser les passionnés de New York : l'Empire State Building (voir aussi : notre article), bien-sûr, mais aussi le célèbre bâtiment du Musée Guggenheim (voir aussi : notre article) conçu par Frank Lloyd Wright, le Rockfeller Center (voir aussi : notre article), […]

NYC en briques Lego ! « New York Mania ! a ajouté quelques mots le Déc 02 11 à 9 h 58 min

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