Colony : le temple de la musique

La boutique Colony est une véritable institution new-yorkaise. Située à deux pas de Times Square, elle propose depuis des décennies une collection incroyable de disques et CD, souvent introuvables ailleurs.

La boutique Colony, dont le vrai nom est Colony Records, est située au 1619 Broadway, au coin de la 49ème rue . Sa création remonte à 1948. La boutique, fondée par deux partenaires, Harold S. “Nappy” Grossbardt et son acolyte Sidney Turk, se trouvait initialement située sur Broadway également, mais un peu plus au nord, au niveau de la 52ème rue.

Dès les débuts, Colony est réputée pour la qualité de sa sélection de disques 78 puis 33 tours, et ses partitions. C’était une des seules boutique de musique du quartier des théâtres qui ne fermait pas la nuit, ce qui était très apprécié des musiciens et noctambules.

En 1970, Colony déménage à son adresse actuelle, au rez de chaussée du Brill Building, un petit bâtiment de 11 étages construit en 1931 et qui abritait au départ un magasin de vêtements fondé par les frères Brill. Durant la crise de 1929, la magasin de vêtements dût faire face à des difficultés économiques qui obligèrent ses propriétaires à sous-louer les étages à des éditeurs de musique.

En 1962, le bâtiment a herbergé  jusqu’à 165 sociétés dont l’activité tournait autour de la musique : éditeurs de disques, petits studios d’enregistrement, bureaux de sociétés d’auteurs de chansons, producteurs… Les labels bien connus des amateurs de jazz et musique soul, comme Hill & Range, Arc Music ont eu des bureaux dans le Brill Building, ainsi que les auteurs/compositeurs Neil Diamond, Burt Bacharach, et même Mort Schuman. De fait, le magasin Colony était le lieu d’où les éditeurs des étages supérieurs diffusaient leur partitions.

Dionne Warwick y a enregistré « Don’t Make Me Over » dans les années 60, ainsi que les Drifters « This Magic Moment ». Les spécialistes apprécieront ! Dans les années 70, Colony Records était le repère des stars de la pop music, comme Elton John, Mick Jagger, Michael Jackson, Frank Sinatra, Miles Davis, Jimmy Hendricks, John Lennon…

 

De la splendeur du Brill il ne reste presque que la superbe porte en laiton de style néogothique, qui vaut le coup d’oeil (juste à coté de l’entrée du magasin, plus haut dans Broadway). Quoi qu’il en soit, le magasin Colony Records vaut le détour, même aujourd’hui, ne serait-ce que pour prendre une bonne bouffée d’air des sixties.

La magasin est désuet pour ne pas dire usé jusqu’à la corde. Aucun effort de décoration, c’est un vaste bazar. Au rez de chaussée on trouve surtout les partitions de musique, du classique au hip-hop, en passant par le jazz, et surtout, c’est la réputation du magasin dans le monde entier, par les partition des comédies musicales de Broadway.

Je doute que vous trouviez au monde un endroit où il y a autant de partitions. Si vous êtes perdu(e), demandez de l’aide aux vendeurs, ce sont des encyclopédies de la musique vivantes qui ne demandent qu’à vous renseigner, même s’ils ont un peu l’air bourrus. Ce qu’ils adorent surtout ce sont les demandes extravagantes de raretés. Parce qu’ils ont à peu près tout en stock, au point que le symbole du magasin est une jeune fille qui tend un disque au bout des bras en s’exclamant « I Found It! » (« je l’ai trouvé ! »).

A coté des partitions, qui est l’attraction principale, près de l’entrée, se trouve disques vinyles, 33 tours et 45 tours, pratiquement que des « collectors », et les CD. Idem : vous demandez aux vendeurs (qui ne sont pas tout jeunes, mais ceci explique cela…), et ils vous amènent directement au disque que vous cherchez depuis 10 ans ou plus.

Les disques les plus rares sont sous clé, ou enfouis dans une pile qui parait rangée de manière aléatoire, mais qui en fait procède d’un classement assez mystérieux. Et il faut vous dire que le rez-de chaussée n’est que la partie visible, « grand public » du magasin qui a des stocks invraisemblables dans les étages, avec des disques empilées partout, dans des cartons éventrés, dans des rayonnages si rapprochés qu’on passe entre eux avec peine.

Coté prix, ce n’est en général pas vraiment bon marché : Colony n’est pas un soldeur, mais plutôt un sanctuaire musical. Si vous cherchez quelque chose de rare, ça n’a pas de prix et Colony le sait.

Autre motif de visite : les vitrines situées tout au fond du magasin. A cet endroit, vous entrez dans un véritable petit musée de la musique pop. Les vitrines sont remplies de programmes de concerts mythiques, jouets anciens à l’effigie de chanteurs, des objets collectors,  des posters rares, des figurines…

Une des vitrines est particulièrement réputée, celle des tickets de concerts. Certains collectionneurs n’hésitent pas à compléter leur collection en acquérant quelques tickets provenant d’ici pour des fortunes !

Colony vient de fêter ses soixante années d’existence. Le magasin appartient toujours à la familleTurk, son propriétaire actuel est Richard Turk qui essaye tant bien que mal de faire perdurer la tradition. Car Colony vit ses années les plus dures actuellement, à une période où Internet et le téléchargement, légal ou non, a profondément transformé le marché de la musique.

Un conseil : à votre prochain passage à New York, précipitez-vous pour rendre visite à Colony Records. On ne sait jamais, vous pourriez rater de rencontrer Steve, Warren, Shorty, les merveilleux vendeurs du magasin !

//////////////////// mise à jour :24/08/2012 :

Mauvaises nouvelles pour Colony Records : le propriétaire du magasin vient d’annoncer dans une interview du New York Times qu’il jette l’éponge. Beaucoup de personnes visitent le magasin comme un musée, mais n’achètent plus de disques. Le magasin est fortement déficitaire, les client se tournant de plus en plus vers les distributeurs de musique numérisée en ligne comme iTunes ou Amazon. Les ours sont donc comptés pour Colony Records, et une fermeture définitive est annoncée officiellement pour la fin de 2012. Mauvaise nouvelle pour tous les musiciens.

Vous êtes déjà allé(e) à Colony Records ? Votre impression ? Des conseils ? Utilisez le formulaire ci-dessous pour nous laisser un commentaire !


 

Commentaires ( 3 )

[…] Publié le 26 avril 2012 […]

Numérique m’a tuer… | MusiMorphose(s) a ajouté quelques mots le Mar 15 15 à 17 h 48 min

connaissant bien Colony, je confirme. C’est une boutique géniale on peut y passer de jours entiers. Bravo pour l’article.
Anne

lukomski a ajouté ce commentaire le 27 04 2012 à 8 h 48 min

Impossible de s’en descotcher. Une fois dans lieux, vous ne voudrez plus en partir. Vous trouverez ici le disque que vous avez cherché pendant des années! Précipitez-vous!!

Brigitte a ajouté ce commentaire le 27 04 2012 à 15 h 55 min


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