Il y a un peu plus d’un an… Irene, avant Sandy

Rappelez-vous. C’était fin aout 2011. Déjà une tempête tombait sur New York, et elle avait été prénommée Irene. J’étais à New York cette semaine là. Nous étions arrivés la veille comme d’habitude à John Fitzgerald Kennedy Airport, sans encombre et sans retard particulier, mais déjà la tempête était annoncée par les médias. Les téléviseurs omniprésents dans l’aérogare relayaient en boucle des prévisions météorologiques assez alarmantes.

Nous avons rejoint notre appartement dans l’upper west side, et tout de suite nous sommes allés, comme à notre habitude, faire un petit tour « downtown ». La ville avait déjà changé d’ambiance. Très peu de personnes dans les rues, même à Times Square. Et beaucoup de commerçants affairés à protéger leurs vitrines et monter des murs de sacs de sable aux entrées.

Des nombreux magasins, qui d’habitude sont ouverts 24h/24 toute l’année, même les jours fériés, avaient fermé leurs portes, parfois avec difficulté, tellement les charnières de ces dernières avaient peu l’habitude de fonctionner…

Beaucoup annonçaient par voie d’affiche qu’ils avaient préféré demander à leurs employés de rester chez eux auprès des leurs. C’est dire que notre inquiétude commençait à se faire sentir.

Même le « CowBoy nu » de Times Square, un personnage bien connu des touristes qui se fait prendre en photo avec sa guitare, portait un gilet de sauvetage. Mauvais présage…

Du coté du Rockfeller center, nous avons regardé les jardiniers se dépêcher de préparer les superbes plantes exotiques au choc de l’ouragan annoncé. Les petits palmiers avaient été retirés de leur massifs et couchés pour offrir le moins possible de prise au vent.

L’arrivée d’Irene était prévue pour le milieu de la nuit, vers 4h du matin, heure locale. La pluie se faisait de plus en plus intense, chassant les derniers touristes audacieux des rues. Prudemment, nous avons décidé de rentrer à l’appartement. Deux ou trois personnes rencontrées en route, et un policier, nous pressaient de nous mettre à l’abri. Il est vrai de des débris commençaient à voler toutes parts.

Le ciel s’était bien assombri. En passant dans les rues, on pouvait voir que le moral n’était pas au plus bas pour tout le monde, comme pour ce bar qui annonçait une « party » toute la nuit, comme pour faire la nique à Irene. À moins que ce ne se soit pour se sentir moins seuls face au danger et partager autour d’un verre ses angoisses.

Finalement, nous avons rejoint notre appartement, à pied, car le métro était arrêté. En arrivant, le concierge du lobby nous a accueilli en nous recommandant tout de suite de ne plus sortir de l’immeuble. Il avait l’air très soucieux et gardait son talkie-walkie collé sur l’oreille.

Nous avons passé un peu de temps à pendre nos habits bien trempés et tenté de sécher nos chaussures. Puis nous avons dîné, l’oeil rivé sur le téléviseur montrant en direct, et durant des heures, d’intrépides reporters en cirés, droits debouts les pieds dans l’eau, luttant contre le vent et essayant avec plus ou moins de réussite de trouver quelque chose à dire. Bref, l’ouragan arrivait au large des côtes de la Caroline du Nord. Ce n’était donc plus qu’une question d’heures pour qu’il s’abatte sur New York.

Durant la nuit nous avons entendu le vent chasser la pluie sur les vitres, quelques bruits inquiétant évoquant des chutes d’objets, et bien sûr les sirènes stridentes, si caractéristiques de New York, provenant des véhicules de secours qui patrouillaient en tous sens dans la ville. Vers 4h00 du matin nous avons été réveillés à nouveau par le bruit que faisait la fenêtre de la chambre, qui s’agitait bruyamment comme si quelqu’un essayait de la forcer en donnant de grands coups.

Dehors, on ne voyait plus rien, la ville, d’habitude si lumineuse, était en partie plongée dans le noir. Des trombes d’eau tombaient. Je suis descendu dans le lobby pour risquer un nez dehors. La rue était déserte. Il n’y avait plus de pluie, mais de grandes bourrasques de vent. Le concierge était encore là, à coté de moi. Il n’a dit mot plusieurs minutes, absorbé à regarder dehors, et puis a fini par déclarer que c’était bon, l’ouragan était presque passé.

Nous avons allumé la télévision, et toutes les chaines montraient les dégâts qui s’étaient produits, surtout du coté des plages de New York, à Rockaway, Brighton Beach, et aussi sur les côtes du New Jersey, au sud de New York. Là bas, l’eau montait et s’engloutissait dans rues et sous sols, emmenant des voitures à demi-immergées à la dérive. De pauvres gens étaient évacués dans des barques, en pleine nuit, suivis sans cesse par les caméras voyeuses des télévisions.

En début de matinée, le calme étant presque revenu, nous sommes partis à la découverte des environs proches du quartier. Quelques dégâts mineurs : un vitrine fendue ici, des panneaux tordus, beaucoup de papiers volants dans l’air, et de l’eau partout, formant de grandes flaques et de petits torrents boueux dans les escaliers. Et des pompiers un peu partout intervenant sur des panneaux publicitaires menaçant de s’écrouler, ou bien déroulant de long tuyaux pour pomper dans des sous-sols. Pas le moindre sentiment de panique ou d’agitation. Un calme étrange plutôt, dans une  ville habituellement parmi les plus trépidantes de la planète.

Quelques épiciers étaient déjà ouverts, et passaient la raclette pour chasser eau et boue de leur magasin entre deux clients mouillés qui venaient acheter du lait, des donuts et un paquet de cigarettes. Apparemment, quelqu’un avait réussi à produire des donuts frais durant la nuit, malgré l’ouragan. Les étals extérieurs étaient étonnamment vides. Drôle d’impression.

Nous avons fait un tour dans Central Park. Plusieurs pelouses étaient inondées, des arbres déracinés s’étalaient sur le sol. Beaucoup de branches par terre, et des feuilles  jaunes partout. La foule des curieux, dont nous étions, commençait à grossir. Les gens parlaient entre eux, racontant sans doute leur nuit agitée.

L’ouragan Irene n’avait pas été bien méchant, en tous cas à Manhattan. Il avait considérablement faibli en atteignant la côte Est des USA, pour se transformer en « simple » tempête tropicale. Le pire avait été évité. La ville s’est réveillée assez vite, sous une petite pluie de traine. Les restaurants ont rouvert vers midi, le métro a redémarré en début d’après midi. Les télévisions ne parlaient plus que des zones sinistrées, situées bien plus au sud, heureusement dans des secteurs beaucoup moins peuplés. Times Square se remplissait à nouveau de badauds, malgré la petite pluie persistante.

Auprès des new-yorkais, rien ne pouvait laisser paraitre ce qui avait pu se passer durant la nuit. Conséquence du légendaire optimisme qui les caractérise, nous ne voyions que sourires autour de nous. Pas la moindre amertume perceptible, pas de plaintes entendues. La question principale était : quand le soleil va-t-il revenir ? Car il est revenu bien vite, dès le lendemain, clair et franc, inondant la ville de lumière et se reflétant sur les trottoirs encore un peu mouillés.

L’aventure d’Irene ne nous a pas fait peur, mais nous avait tout de même un peu inquiétés. Cela avait été une expérience un peu étrange et assez impressionnante tout de même.

Sandy n’a rien à voir avec Irene. Ce récent ouragan a été bien plus puissant. Surtout, il est entré sur les terres d’Amérique du Nord très près de New York, dans des zones urbainement très denses. À ce jour on dénombre au moins 100 morts (4 novembre 2012). Et des centaines de millions de dollars de dégâts, touchant souvent les foyers de banlieue les plus modestes.

De ce que nous savons, les dégâts sont considérablement plus importants que l’an passé, surtout à Staten Island, Rockaway, Long Island, le New Jersey, où de nombreuses maisons, des quartiers entiers ont été totalement détruits. Tout le sud de Manhattan a été très touché, surtout à cause de la montée des eaux. Beaucoup de sous-sols sont encore à ce jour inondés, rendant de nombreux bâtiments inaccessibles.

Le métro est toujours interrompu dans ces secteurs, ainsi que l’accès aux tunnels qui raccordent la presqu’île de Manhattan aux autres quartiers de la ville. Le travail n’a pas pu encore reprendre dans beaucoup de grandes entreprises et petites startups qui s’organisent pour louer des locaux temporaires plus au nord ou qui demandent à leur employés d’essayer de travailler depuis leur domicile. Le vélo devient de plus en plus une alternative de transport qui fait ses preuves en temps de crise, et on constate son usage de plus en plus fréquent d’année en année.

Un des plus grands problèmes dans les suites d’ouragan, est le manque d’électricité, car de nombreux systèmes de distribution et répartiteurs ont été installés dans les sous sols des tours, et sont chaque fois détruits par les inondations. L’absence d’Internet est un problème aussi, le réseau étant devenu une ressource indispensable pour beaucoup de sociétés.

New York a toujours été une ville d’extrêmes climatiques. Certaines années il s’agit d’hivers avec tempêtes de neige très abondante, ou d’étés suffocants de chaleur. Et d’ouragans, plus ou moins destructeurs. Mais force est de constater que ces phénomènes tendent a se répéter et se rapprocher ces dernières années. Ces évènements climatiques ont un coût humain et matériel énorme. Une certaine prise de conscience est en train de naitre aux USA sur ces sujets. Comme en Europe, on évoque de plus en plus les problèmes de changements climatiques liés à l’activité humaine. Et des voix s’élèvent pour favoriser les interventions préventives et préparer la ville aux futurs attaques d’ouragans.

Des modification drastiques des normes de construction et d’urbanisation sont en cours d’élaboration, et instruites par la mairie de New York, avec un regain d’attention depuis le passage de Sandy. Ainsi, la mise en place de matériaux poreux et absorbants dans les rues et places, de système de drainage et canaux d’évacuation des eaux vers la mer est prévu. Ainsi que des systèmes de portes étanches pour les entrées de garages en sous-sol. De même, des mesures simples sont proposées, comme la mise en place des armoires électriques dans les étages de bâtiments plutôt que dans les sous sols, ainsi que d’ascenseurs de secours qui partiraient du deuxième étage, de câblages électriques et Internet étanches, ainsi que du déploiement d’un réseau numérique sans fil de secours comme le Wifi de puissance.

Il est même prévu de modifier profondément la pointe Sud de Manhattan et les berges de l’East River et de l’Hudson, en installant des zones vertes prévues pour être inondables et des écueils artificiels immergés en béton pour briser les vagues poussées par les vents violents (image ci-dessus : simulation des modifications selon une des propositions étudiées par la mairie – source : New York Times du 4 novembre 2012).

Quoi qu’il en soit, nous sommes très peinés pour ce qui est arrivé aux habitants de New York et du New Jersey avec le passage de Sandy. Au delà des destructions matérielles, et difficultés logistiques toujours très pénibles, nous pensons surtout à la détresse des familles et personnes sinistrées. Et espérons retrouver très vite une ville qui aura pu se relever et réussir à repartir de l’avant, pour le plus grand soulagement de tous ses habitants. Ce dont nous ne doutons pas un instant, car New York a déjà démontré de multiples fois dans le passé sa résistance et sa capacité à grandir malgré l’adversité, et ce avec une énergie et un optimisme admirables. Comme on le voit maintenant sur les t-shirt qui apparaissent dans la ville « qui ne meurt jamais » : NYC survived ! Et c’est heureux.

Des commentaires ? Des infos ? N’hésitez pas à vous exprimer ci-dessous !

 

Commentaires ( 4 )

Bel article. L’electricite n’a été rétablie qu’hier dans l’East Village ou je séjourne habituellement a New York. En effet, cette fois, il s’agissait bien d’un ouragan et non d’une tempête tropicale comme l’année dernière.

Brigitte a ajouté ce commentaire le 05 11 2012 à 6 h 54 min

Je confirme, j’y étais également à la même époque l’an dernier et cet article rend parfaitement bien l’ambiance. Félicitations. Anne

anne a ajouté ce commentaire le 05 11 2012 à 14 h 40 min

Les clichés sont parfaits ils illustrent parfaitement ce qui s’est passé, en regardant ces photos ressent le drame qu’on vécu les habitants de cette grande ville, et presque la même chose se reproduit encore cette année.

isseo a ajouté ce commentaire le 08 11 2012 à 16 h 02 min

Waouh! Quelle expérience! On va ailleurs dans le monde pour voir de nouvelles choses et être près d’un ouragan serait très intéressant à mon avis. Là où j’habite, on n’a rien de pareille, il pleut des fois, on a des orages que je trouve impressionnant mais la puissance d’un ouragan devrait être une vraie merveille! Merci d’avoir partagé ces expériences!

Thierry | http://www.excavationjfcaron.com/champs-d-epuration.html

Thierry Lefèvre a ajouté ce commentaire le 25 02 2014 à 1 h 04 min


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